Outre les grandes œuvres littéraires avec ce qu’elles ont de profond, de génial, d’inaccessible, les écrivains de toutes les époques se sont attaqués à des exploits parfois plus techniques mais avec des fonds tout aussi remarquables. Parmi les prouesses littéraires, on compte par exemple La Disparition, le livre de George Perec, qui sur ses trois cents passages ne compte pas une seule fois la lettre e. Bien évidemment il s’agit d’un autre exploit que celui de ne pas utiliser les x, le e étant la voyelle la plus employée de la langue française. Et, en plus de la prouesse, on ne peut que remarquer la justesse du titre.

Dans un autre domaine, le même auteur a rédigé un palindrome de 1247 mots, record battu depuis 2004 par Saint-Gilles avec 3651 mots.

Nous l’avons vu dans un précédent numéro, Marcel Proust détient le record du roman le plus long dans les livres les plus couramment lus, avec près de dix millions de caractères, un million et demi de mots, sachant qu’un million de caractères correspond déjà à un bon gros livre de 700 pages environ.

Au Brésil, un auteur du nom de Ryoki Inoue a publié depuis 1986 pas moins de 1099 livres, utilisant 39 pseudonymes différents. Une figuration pour lui aussi dans le Guinness Book des records.

Et s’il y a bien un écrivain des records, c’est Balzac, non seulement avec son œuvre, mais aussi avec sa manière de vivre. Dans La Comédie humaine, dont le titre fait référence à La Divine comédie de Dante, Balzac a l’idée d’écrire des livres tous liés entre eux, racontant l’histoires de familles du XIXème siècle. À force de 30 à 50 cafés par jour, il écrit 95 romans, contes et nouvelles pour ce grand projet, où quelques 2500 personnages se croisent et nourrissent l’histoire, sans compter les personnages qui ne servent qu’à donner la réplique ou poser un décor, avec qui l’on atteint les 4000 personnages pour cette seule création. Des études philosophiques, des scènes de la vie privée, de la vie en province, de la vie parisienne, rien n’est laissé au hasard. La prouesse est d’autant plus honorable que l’auteur s’est éteint à seulement 51 ans. Il est aussi l’auteur d’une prouesse moins agréable due à son goût du luxe, avec des dettes que Stefan Zweig a estimées à 350000 euros actuels pour l’auteur classique à seulement 27 ans.