#9 Le Multivers existe-t-il ?

Et si l’Univers que nous observons n’était pas unique ? Et si il en existait des milliards d’autres ?!

D’après le modèle standard de la cosmologie, notre Univers est âgé d’environ 13,8 Milliards d’années. Par conséquent, la vitesse de la lumière étant finie, il ne nous est possible de voir que des objets célestes dont la lumière a voyagé pendant moins de 13, 8 Milliards d’années. L’Univers observable est donc limité par ce que l’on appelle l’horizon cosmologique. Si l’Univers n’était pas en expansion, l’horizon cosmologique devrait se situer à quelques 13,8 Milliards d’années-lumière de nous. Mais le fait est qu’un objet situé à cette distance s’est éloigné de nous durant le temps que sa lumière a mis pour nous parvenir. Il est donc aujourd’hui bien plus éloigné. Si l’on considère que les signaux les plus lointains que nous percevons sont ceux du rayonnement de fond cosmologique et en prenant compte l’expansion de l’Univers, l’horizon cosmologique se situerait aujourd’hui à près de 45 Milliards d’années-lumière de nous !

Pour certains, rien ne dit que l’Univers ne s’étend pas au delà de cet horizon. Il pourrait bien s’étendre indéfiniment en une succession de zones semblables à notre Univers observable, tout en gardant les mêmes lois physiques. C’est le premier et le plus simple type de Multivers envisagé par les cosmologistes, de niveau I dans la classification proposée par le cosmologiste d’origine suédoise Max Tegmark.

Certains vont plus loin et imaginent une multitude d’Univers différents, avec des lois physiques différentes et des histoires différentes, chacun de ces Univers étant des Univers de niveau I. Ce sont les Multivers de niveau II.

Dans les années 80, lorsqu’Alan Guth et Andrei Linde élaborèrent la Théorie de l’Inflation pour expliquer comment l’Univers dans ses premiers instants avait augmenter considérablement sa taille, ils imaginèrent que certaines régions très éloignées ne se seraient pas dilatées au même rythme. L’espace étant un vide en perpétuelle expansion, les fluctuations quantiques peuvent en permanence dilater de nouvelles régions qui donnent naissance tel un chapelet à de petites billes de nouveaux Univers…

Enfin, il existerait pour d’autres une infinité d’Univers parallèles au nôtre où se réaliseraient  tous les états du monde autorisés par la mécanique quantique. Regroupant à la fois les Multivers de niveau I et II, on parle alors de Multivers de niveau III.

Si l’existence de toute cette collection d’Univers est controversée, l’idée trouve cependant son origine dans les théories scientifiques elles-mêmes. Si on admet que la théorie quantique est une théorie vérifiée, alors il est difficile de ne pas admettre l’existence d’Univers parallèles de niveau III. De la même manière, une des conséquence directe de la Théorie de l’Inflation est l’engendrement en permanence d’Univers de niveau II.

Mais voilà, derrière ces chimères scientifiques se cache l’effroyable réalité de notre indigence face au concept de principe premier. Alors que les cosmologistes butent sur la question de l’origine des constantes fondamentales de la physique, ou encore de la raison pour laquelle ces constantes gouvernent notre Univers, la théorie des Multivers permet tout simplement de les écarter. Aucune de ces constantes ne serait une propriété fondamentale de la réalité mais plutôt une propriété locale de la région du Multivers auquel nous appartenons…

La question de savoir pourquoi notre Univers a telle ou telle propriété devenant sans objet, il devient dès lors facile de balayer l’argument finaliste du principe anthropique. Si toutes les valeurs possibles des constantes sont réalisées dans un ensemble suffisamment grand d’Univers, alors il y en a surement quelques-uns qui ont les conditions nécessaires à l’apparition de la vie.

Encore une fois, ces alternatives ne permettent pas de résoudre les questions fondamentales sur la nature de l’Univers et de son existence. Elles ne font que repousser le problème. Si le Multivers existe, quelle est son origine ? Est-il le fruit du hasard ou d’une nécessité ?

Quelque soit le Multivers que l’on prend, tous les Univers parallèles se situent au delà de l’horizon cosmologique et, s’ils ne sont pas déconnectés purement et simplement de notre espace-temps, sont en tout cas trop éloignés pour avoir une quelconque influence sur notre Univers. De fait, ils ne seront jamais observables ! Ainsi, l’idée de Multivers n’est tout au mieux qu’une simple extrapolation de ce qui se trouve au delà de l’horizon cosmologique. Les partisans du Multivers peuvent rétorquer qu’on ne pourra de fait pas prouver qu’ils ont tort, il est légitime de penser que le Multivers est davantage un concept qu’une théorie bien définie. La démarche scientifique exige la vérification de toute théorie par l’observation, or, les concepts de Multivers pouvant expliquer pratiquement n’importe quoi, toute observation peut facilement entrer dans le cadre d’une de ses variantes.

Dans la quête de la Science d’expliquer la réalité du monde qui nous entoure, est-il dès lors autorisé d’envisager que tout ce qui est concevable existe ou s’applique quelque part ? Y a-t-il un principe totalitaire qui, comme l’a énoncé le physicien Murray Gell-Mann en 1956 , veut que « tout ce qui n’est pas interdit est obligatoire » ?

On pourrait alors imaginer que nous habitons un Multivers ultime (de niveau IV) rassemblant tous les Univers mathématiquement concevables… mais il faudrait peut-être à ce moment-là redéfinir ce qu’est la Science…